Mercredi soir, j’ai saisi l’opportunité d’un temps dégagé (plutôt rare, en ce moment !) pour me lancer dans ma première photographie de galaxie avec la galaxie d’Andromède.

Une première, non sans fierté ! J’ai donc envie de vous parler de l’envers du décor. Vous allez voir que pour réaliser une astrophotographie, il faut beaucoup, beaucoup de temps.

 

Planétaire et ciel profond

 

En astrophotographie, on distingue : les photos planétaires (les planètes !) et les photos du ciel profond (galaxies, nébuleuses, amas globulaires). J’ai déjà pu réaliser quelques clichés de planètes, que vous pouvez visionner dans les galeries photos. Mais je ne m’étais pas encore attaqué aux objets du ciel profond, car la méthode est « un poil » plus compliquée. Notamment à cause de la durée du temps de pose. Mais, c’est ce qui rend l’exercice encore plus stimulant !

 

L’installation du télescope

 

Comme pour une simple observation, la première étape consiste à la mise en place du télescope : la mise en station. Le but est d’aligner son télescope sur l’étoile polaire (l’étoile la plus proche du pôle céleste). Cet alignement va permettre le suivi des objets du ciel. Les réglages prennent du temps. Le trépied doit être de niveau et la monture réglée avec précision, car une bonne mise en station est primordiale pour la suite !

 

Mon télescope mis en station. © Fabien Joyau

Mon télescope mis en station. © Fabien Joyau

 

 

Se repérer : la galaxie d’Andromède dans le viseur

 

Une fois la mise en station réalisée, il faut choisir l’objet céleste à observer et/ou photographier. Dans mon cas, c’est M32 alias la galaxie d’Andromède qui m’intéresse. Si le télescope est bien réglé, on trouve assez rapidement notre objet grâce aux coordonnées célestes (Pour M32 : ascension droite 10,685°, déclinaison 41,269°). Mais l’utilisation d’une carte du ciel (papier ou logiciel) n’est pas inutile. La recherche de l’objet peut se faire uniquement grâce à cette carte, s’il est suffisamment brillant.

Une fois la galaxie trouvée et centrée dans le télescope, le moteur du télescope (préalablement allumé !) assure le suivi pour compenser la rotation de la Terre.

 

La prise de vue : des dizaines de photos…

 

Pour l’astrophotographie, l’œilleton d’observation est remplacé le plus souvent par un appareil photo ou une caméra CCD. Dans mon cas, j’utilise un appareil photo numérique que je fixe au foyer du télescope (là où l’on regarde habituellement).

 

Mes deux « joujoux » : un canon 1100D et un 70 D. © Fabien Joyau

Mes deux « joujoux » : un canon 1100D et un 70 D. © Fabien Joyau

 

Après plusieurs réglages : la mise au point, le cadrage, le temps de pose, etc. Je peux débuter la prise de vue.

 

En astrophotographie du ciel profond, une photo ne suffit pas ! Ce n’est pas drôle, sinon ! Si je me contentais d’une seule photo, voici ce que ça donnerait :

 

Une photo brute de la galaxie d’Andromède, avec un temps de pose d’une minute. © Fabien Joyau

Une photo brute de la galaxie d’Andromède, avec un temps de pose d’une minute. © Fabien Joyau

 

Les objets du ciel profond sont peu lumineux, à cause de leur éloignement. La galaxie d’Andromède est à 2,5 millions d’années-lumière. Il faut donc des temps de pose longs pour enregistrer un maximum d’informations et obtenir le plus de détails. Pour cela, il faut prendre le plus possible de photos. L’idée est de combiner un maximum de photos afin de diminuer le bruit et d’augmenter le signal.

 

J’ai choisi un temps de pose d’une minute et j’ai réalisé une quarantaine de photos de la galaxie : photos brutes.

 

Mais ce n’est pas tout. A ces photos brutes s’ajoutent également des séries de photos supplémentaires : dark, offset, flat. Ces prises de vues servent à la calibration. Elles doivent permettre d’éliminer les défauts : retirer le bruit, corriger le vignettage et les défauts liés aux tâches ou aux poussières du capteur, etc. Mais, ça prend du temps également.

 

Au total, pour ma photo de galaxie j’ai pris près de 200 photos, pour 2 heures de prises de vues. Tout ça pour une seule photo finale… Et ce n’est pas fini !

 

Le traitement : l’empilement des photos

 

Une fois que toutes les prises de vues sont réalisées et la carte mémoire bien remplie, on passe au traitement des photos.

 

D’abord, le prétraitement : on va assembler et compiler l’ensemble de nos prises de vues (brutes, darks, offsets, flats), grâce à un logiciel. J’ai utilisé le logiciel DeepSkyStacker.

 

Là encore, il faut être un peu patient, mais après quelques minutes (et plus !), voici  le résultat :

 

Les 200 photos compilées sous DeepSkyStacker © Fabien Joyau

Les 200 photos compilées sous DeepSkyStacker © Fabien Joyau

 

Ce n’est pas encore ça niveau qualité, mais on approche du but.

 

Ensuite, un petit tour par Photoshop pour le traitement. Ici, quelques opérations à faire, mais la manipulation est assez rapide. Et paf ! Voici le résultat :

 

La galaxie d’Andromède après le traitement sous Photoshop. © Fabien Joyau

La galaxie d’Andromède après le traitement sous Photoshop. © Fabien Joyau

 

Avant/après, voici ce que ça donne :

 

Entre l’image brute et la photo traitée, il n’y a pas photo ! © Fabien Joyau

Entre l’image brute et la photo traitée, il n’y a pas photo ! © Fabien Joyau

 

Voilà pour le résumé (assez long) de l’histoire d’une astrophoto. Il m’a fallu plusieurs plusieurs tentatives pour réussir… Mais, cela valait le coup de persévérer !

 

Pour moi ce n’est que le début…

 

Un peu de lumière sur quelques termes compliqués :

 

Temps de pose : L’intervalle de temps pendant lequel l’obturateur de l’appareil photo laisse passer la lumière lors d’une prise de vue.

 

Le bruit : Il correspond à la dégradation progressive de la qualité d’image au fur et à mesure que l’on augmente la sensibilité (iso) du capteur. On voit un « grain » se former sur l’image.

 

Le signal : C’est l’information lumineuse qui va créer l’image. (bref, le plus important !)

 

Dark : Les darks permettent de retirer le bruit du capteur sur les images brutes. Pour les réaliser, on utilise les mêmes paramètres que les fichiers bruts, avec le bouchon placé sur le télescope pour avoir des images noires.

 

Flat : Ils servent à corriger le vignettage et les défauts liés aux tâches ou aux poussières du capteur. Comme les darks, ils se réalisent avec le bouchon du télescope, mais avec le temps de pose le plus court possible.

 

Offset : Les offsets permettent d’enlever le signal de lecture du capteur. Chaque capteur génère un signal créé par le système électronique, par le simple fait de lire le contenu du capteur. Il faut photographier quelque chose d’uniformément blanc. Une page blanche affichée sur sa tablette, par exemple. Le temps de pose doit être réglé pour que la photo soit exposée au 2/3 de l’histogramme.